Des rencontres entre journalistes Turcs et Arméniens pour une meilleure "partialité et objectivité"
par Paul Adjamian
le 21 décembre 2009
A Bursa, au mois d’octobre, quelques jours après la signature des protocoles arméno-turcs, ce sont tenues deux rencontres : l’une connue de toutes et de tous, le match opposant les footballeurs Turcs et Arméniens, l’autre plus discrète "rapprochant" les journalistes d’Arménie et de Turquie. A Bursa donc ne sait pas seulement close cette fameuse et fâcheuse diplomatie du football, mais c’est ouverte une pratique journalistique, pas très déontologique.
Organisé par le Global Political Trends Center (GPoT) lien et l’Eurasia Partnership Foundation (EPF)section Arménie lien, le débat en présence de journalistes turcs et arméniens avait pour but, comme indiqué sur le site du GPOT : la partialité et l’objectivité dans le projet des médias, le tout étrangement dans le processus de normalisation et comment dixit le GPOT "les médias peuvent ajouter à la dynamique en cours". Il faut savoir aussi que la réunion de Bursa n’était pas une première, d’autres entrevues avaient déjà eu lieu à Kars, Kayseri ou Istanbul en Turquie, puis d’autres encore en Arménie effectuées par l’équipe de l’EPF.
L’un des objectifs, expliqués par les participants de ces rencontres, consistait à ce que chaque partie apprenne un peu sur l’autre. Selon ces quelques commentaires les entrevues ont révélé que Turcs et Arméniens ne savaient pas comment l’un pense de l’autre. Il a été ainsi souligné que les nouvelles traitées relevaient presque exclusivement des relations bilatérales et politiciennes, alors que des articles culturel, économiques ou de la société civile étaient largement absents. Les participants des deux parties ont aussi convenu que les relations se sont sensiblement améliorées, avec les développements politiques récents, et ont souligné la nécessité de s’appuyer sur cet élan.
Dernière rencontre à Erevan
A l’Hôtel des Congrès de Erevan s’est tenu du 17 au 20 décembre 2009 la dernière de ces rencontres. Ce rendez-vous de travail de journalistes venus d’Arménie et de Turquie était financé par le gouvernement norvégien et l’AID des Etats-Unis. Etaient donc présents des journalistes et reporters de CNN Türk, Milliyet, Sabah, Hürriyet, Cumhuriyet, Akşam ainsi que leurs homologues arméniens d’Azg, Kentron TV, Yerkir Media, Tert.am, News.am et d’autres médias.
La réunion à Erevan a permis à certains journalistes turcs de révéler leur point de vue sur le sujet des protocoles. Badri Gyursan, chroniqueur au journal Milliyet, a ainsi déclaré lors d’une conférence de presse à Erevan que le Parlement turc ne ratifiera pas les protocoles Arménie-Turquie sans d’importants progrès sur la question du Karabakh. Ajoutant que le processus est maintenant dans une situation sans issue compte tenu du facteur Azerbaïdjanais.
Toujours à la conférence de presse, le conseiller en nouvelles CNN Turk Borataf Ferhat, n’a pas exclu la possibilité que la Turquie finisse par ratifier les Protocoles à la suite de la menace des États-Unis de reconnaître officiellement le génocide de 1915.
Badri Gyursan a déclaré que les liens entre les deux pays sont tout à fait problématique et que si la Turquie ne voit pas de conditions préalables dans les protocoles, la réalité est tout autre. "Je préférerais voir la question du Karabakh séparée de la ratification du Protocole, mais le fait est que le gouvernement turc est sous pression, à la fois de l’Azerbaïdjan et du public turc."
Le conseiller en nouvelles CNN Turk a déclaré : "La Turquie et l’Arménie ne sont pas un couple sur la piste de danse le tango. C’est un type étrange de danse dans laquelle cinq sont actifs, l’Arménie et la Turquie, plus les Etats-Unis, la Russie et l’Azerbaïdjan. La Turquie n’était pas prête pour la réaction véhémente de Bakou, en la matière. La Turquie et l’Azerbaïdjan sont des acteurs dans le grand jeu énergétique entre l’Est et l’Ouest."
M. Borataf a noté que le Président Sarkissian a réussi à convaincre la diaspora arménienne pour suivre les protocoles, la Turquie, quant à elle, n’a pas réussi à convaincre l’Azerbaïdjan.
Quel est le but recherché ?
Toutes ces rencontres entre journalistes d’Arménie et de Turquie n’est cependant pas vierge de sens rien qu’au vu des dires des journalistes turcs sur le point de la compréhension des protocoles par la diaspora. Ce nouveau jeu est dangereux. Alors que la grande majorité des médias donnent le même son de cloche, pro-gouvernemental, sur les relations arméno-turcs et ses protocoles, voici maintenant l’apparition d’une influence turque pouvant être encore plus "anesthésiante" pour l’information et la démocratie en Arménie.
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