Arménie / Turquie : Ankara cherche à se dépêtrer des protocoles
par Laurent Leylekian
le 3 février 2010
Ces dernier jour, une fiévreuse panique semble s’être emparée de la diplomatie turque au sujet des protocoles signés avec l’Arménie. C’est un peu le scénario de l’arroseur arrosé qui se joue sous le regard médusé de la communauté internationale.
En contraignant la petite république caucasienne à la signature de ces documents iniques, les stratèges du pays d’Atatürk appuyés par ceux de Washington pensait tout à la fois diviser les deux composantes de la nation arménienne - l’Arménie et la Diaspora - et jeter le doute sur le Génocide des Arméniens par la création d’une prétendue « Commission d’historiens » censée faire la lumière sur un fait avéré depuis longtemps [1] .
C’était sans compter sur l’absence totale de résistance de la part d’une Arménie prête à tout les renoncements sous la pression du grand frère russe et de ses intérêts géostratégiques. Comme au judo, la Turquie emportée par son élan « réconciliateur » et désarçonnée par une capitulation inattendue de l’Arménie s’est donc brutalement retrouvée au pied du mur de protocoles qu’elle n’avait et qu’elle n’a toujours absolument pas l’intention de signer.
C’est que la haine de l’Arménien savamment entretenue depuis des générations au sein même de l’élite turque l’empêche d’avancer alors même qu’il en serait de son intérêt. Acculé, Ankara cherche maintenant partout des boucs-émissaires et des raisons à ses reniements, mais les soutiens se défilent.
Ainsi, lors d’une interview à NTV, un diplomates turc a récemment avoué sous couvert d’anonymat que "cette année, ce n’est pas le 24 avril [2]" qui inquiète la politique étrangère de la Turquie mais plutôt les protocoles.
Ankara, prenant prétexte de l’arrêt pourtant bien inoffensif de la Cour constitutionnelle arménienne, demande maintenant des « garanties écrites » aux parrains du processus, la Suisse et les Etats-Unis.
Selon Mete Cubukcu, le directeur de l’information de NTV, Ankara espère ainsi retarder le processus de ratification avec l’objectif de rendre les États-Unis et la Suisse responsables de son échec.
En vérité cependant, c’est bien Ankara qui cherche à tout pris à ce que rien n’avance en raison du lien que la Turquie est seule à faire entre ce processus et celui de résolution du conflit du Haut-Karabakh : en ratifiant immédiatement les protocoles, la Turquie s’aliénerait l’Azerbaïdjan au grand plaisir de Moscou, le véritable marionnettiste de cette guignolade.
Moscou ne verrait en effet pas d’un mauvais oeil que l’Azerbaïdjan choisisse finalement la Russie pour le transport de ses [maigres] ressources en hydrocarbures.
Comprenant, mais un peu tard, le piège dans lequel elle est tombée, la Turquie exige maintenant que l’Arménie se retire des territoires libérés pour ratifier les protocoles. Mais l’Arménie, vainqueur de la guerre et ayant déjà fait dans ce processus de décolonisation du Karabakh d’innombrables concessions, n’est pas prête à cette ultime pas sans garantie sur l’indépendance de la république karabakhiotes.
La Turquie déchaîne donc maintenant son ire sur la diaspora arménienne, tête de Turc commode et permanent si l’on ose dire, qui serait responsable de ses échecs diplomatiques. Ainsi le journal Günes écrit que c’est la diaspora qui "ne pouvait pas tolérer un tel accord" et que "les autorités turques sont maintenant très déçues de l’arrêt des négociations après des mois de travail intensif". L’hommage du vice à la vertu en quelque sorte.
Günes décidément très en verve continue "Il n’était pas nécessaire d’être prophète ou expert pour prévoir un tel scénario. En bref, même si nous ouvrons la frontière avec l’Arménie, même si nous satisfaisons la moitié de leurs exigences en leur donnant quelque chose, dans tout les cas, la Diaspora trouvera toujours un moyen de gêner le processus" ; une vision digne du complot judéo-maçonnique, ou plutôt arméno-maçonnique, ou une communauté dispersée à travers le monde aurait le pouvoir de commander le comportement d’Etats puissant et indépendants.
Il n’empêche que c’est bien la Turquie qui cherche maintenant des garanties suisses ou américaines, garanties que les parrains protecteurs d’Ankara ne semblent pas prêts à lui accorder.
[1] A ce sujet, on attend maintenant avec intérêt que Washington sponsorise la Commission d’historiens proposer par Téhéran et visant - selon les termes d’Ahmadinejad « à faire la lumière sur ce qui est réellement arrivé aux Juifs européens entre 1933 et 1945 »
[2] date anniversaire du Génocide des Arméniens, où l’on attend traditionnellement une déclaration de reconnaissance du président américain
Il suffit de regarder une carte géographique pour se convaicre que la place de l’Arménie est aux côtés de la Turquie et non pas de l’imprévisible Russie. Et c’est un turc qui le dit, vous voyez bien qu’il n’y a pas une culture anti-arménienne en Turquie. Que du contraire même, en toute sincérité. Je n’ai jamais vu nulle part en Turquie une attitude négative vis-à-vis de l’Arménie, en fait les turcs ne s’y intéresse même pas, pour tout vous dire.
Alors moi, une ouverture des frontières j’y crois dur comme fer, et même peut-être plus tard une libre circulation des personnes.
Et maintenant quelle direction pour la FRA ?
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