la Turquie qu’on nous cache
par Oskian Kendirian
le 6 février 2010
L’actualité produit d’étranges collisions qui poussent à réfléchir. La semaine qui vient de s’écouler à été le siège de deux faits divers, qu’a priori rien ne rapproche, mais qui jette un éclairage révélateur sur le pays où ils se sont déroulés, la Turquie.
Fait n°1 : Le corps d’une jeune fille "disparue" a été excavé à Kahta dans les environ d’Adiyaman (Cilicie). Selon les analyses faites par le médecin légiste, il s’avère que Medine Memi, 16 ans, la jeune fille en question a été enterrée vivante par son père dans le poulailler familial.
Selon la dépêche de l’AFP, citant le légiste esponsable de l’institut de la médecine légale de Malatya, "Medine Memi a été retrouvée en position assise dans une fosse de 2 mètres de profondeur et les analyses ont révélé l’existence de terre dans ses poumons et son estomac, ce qui signifie qu’elle a été enterrée de son vivant. La jeune fille avait les mains ligotées et était vivante et consciente au moment de ce crime macabre".
Le père et le grand-père de la victime ont été arrêté. Selon les premiers éléments de l’enquête, les mâles de la famille ne supportaient pas que la jeune fille fréquente des garçons. Ils auraient commis ce crime "pour laver l’honneur de la famille."
Fait n°2 : La Grande Assemblée Nationale de Turquie s’est transformée ce mardi en ring de catch. Des députés AKP et CHP en sont venus aux mains à plusieurs reprises.
Ce sont les commentaires sarcastiques d’un député nationaliste sur le premier ministre et son épouse qui sont à l’origine de ce qui s’est transformée rapidement en une véritable bataille rangée. Pour comprendre les raisons de l’incident, il faut rappeler que, dimanche dernier, lors d’une émission en direct sur la chaîne publique TRT1, Recep Tayyip Erdoğan, afin de stigmatiser la persistance des rigidités du laïcisme officiel (sic), avait révélé une mésaventure dont son épouse, Emine, avait été victime, en 2007. Celle-ci, qui voulait alors rendre visite à un acteur, hospitalisé dans un hôpital militaires’en était vue empêchée en raison de sa coiffure. L’accès des bâtiments et des zones militaires en Turquie est, en effet, strictement interdit aux femmes voilées ou aux hommes barbus, et le premier ministre avait vivement regretté cette situation à la télévision.
Rebondissant sur l’exposé public des déboires d’Emine Erdoğan, Osman Durmuş, député du MHP et au demeurant ancien ministre de la santé, a donc ironisé, mardi, au Parlement, en se demandant comment « on avait pu oser refuser l’entrée du GATA à la femme d’un premier ministre qui est considéré comme un prophète. » Il faut dire que la remarque de Durmuş faisait aussi allusion implicitement à la déclaration d’un responsable local de l’AKP, qui, en novembre dernier, avait qualifié le premier ministre de “second prophète”. Quoi qu’il en soit, les propos du député nationaliste ont provoqué la colère de Recep Tayyip Erdoğan et des députés de l’AKP. Furieux que l’on implique son épouse, d’une façon cavalière, dans des polémiques parlementaires, il a accusé le MHP de manger à tous les râteliers, en cherchant d’un côté à gagner le vote des femmes voilées et en continuant, de l’autre, à soutenir ceux qui leur refusent l’accès de certains lieux. Cet échange verbal a été suivi par un pugilat, qui a vu les députés des deux partis en venir aux mains, tandis que leurs leaders respectifs ne cherchaient même pas à les séparer.
Stoppons ici la description de ces faits peu ragoutants et posons-nous un instant la question de la réalité sociale dont ils témoignent : c’est donc ça la Turquie ? c’est donc ça « la-seule-démocratie-laïque-du-monde-musulman » comme nous le serinent à longueur de journée les tenants de l’élargissement du marché européen comme les « progressistes » littéralement obsédés par la question religieuse ? Un pays où l’on enterre vivants les gens sous couvert « d’honneur », un « honneur » étriqué, rétrograde et sexiste ; Un « honneur » où l’on s’empoigne pour des questions de prophètes et de drapeaux ; un « honneur » qui interdit de reconnaître et de demander pardon pour un Génocide commis par ses ancêtres ; un « honneur » martial, viril et moustachu qui n’est que le lamentable cache-misère des mentalités les plus rétrogrades et arriérées.
Certes, l’Europe n’est pas irréprochable et bien des forfaits peuvent être imputés à nos ancêtres et même à certains d’entre nous. Mais les faits ici présentés ne constituent malheureusement pas une réalité marginale de la société turque. La prégnance de la violence dans ce pays date de longtemps. Elle précède et elle explique cette éruption de barbarie que fut le Génocide de Arméniens et ces évènements récents - le premier révulsant - le second drolatique - ne sont que des résurgences de cette ambiance si particulière de terreur et d’impunité qui imprègne la Turquie.
Dans ce contexte, c’est une véritable entreprise de rééducation générale du pays qui s’impose - un processus de dénazification qui n’a jamais été conduit - avant que de songer à lui faire intégrer une Europe à laquelle il sert bien à propos de repoussoir.
Si la reprise de l’article était complète ou si votre commentaire n’avait pas eu comme unique but de discréditer les turcs, vous auriez mentionné qu’il s’agissait de kurdes.
Les pugilats dans les assemblées surviennent parfois. Il y eut même des coups de feu à l’assemblée nationale arménienne...
Balayer devant sa porte...
Je me demande où vous avez vu qu’il s’agissait d’une famille kurde : les dépêches de presse ne le précisent pas.
Kurde ou pas, le point n’est pas là : l’article dénonce un certain climat de violence et d’impunité encouragé par un système d’Etat si particulier à la Turquie.
Comme je l’ai écrit, partout (et même en Arménie !) il y a des évènements tragiques et des dérives inacceptables. Mais, en Turquie, il s’agit d’autre chose :
Il ne s’agit pas de "discréditer les turcs" comme vous le croyez - les Turcs ne sont pas pires que les autres - mais bien de montrer la réalité sociopolitique de ce pays qu’on veut nous faire passer pour un modèle
Je me demande bien où vous voyez de l’islamophobie dans cet article !
A moins que vous considériez qu’il est islamophobe de dénoncer le meurtre atroce d’une jeune fille de 16ans ?
Ce type de commentaire est un exemple frappant de ce je dénonce : l’obsession du fait religieux .
France - Turquie : regards croisés
Un groupe de jeunes arméniens forcé de quitter Aghtamar
La Turquie censure le dialogue sur le Génocide des Arméniens
Ecrivain condamné à 15 mois de prison
Le lobby juif en a fini avec la Turquie
Le président turc n’exclut pas une rupture des relations Turquie-Israël
Des étudiants israéliens étudient l’envoi d’une flottille d’aide aux Arméniens et aux Kurdes
La Turquie place ses pions sur l’échiquier moyen-oriental