Florence Mardirossian, candidate du MoDem et de la diversité culturelle
Elections Européennes : J-2
le 5 juin 2009N°6 sur la liste du MoDem dans la circonscription Sud-Est, cette ancienne du CDCA milite pour une Europe politique et le dialogue interculturelle. Evoquant son parcours, elle fait le point sur l’intégration politique des Français d’origine arménienne.
F.A. : Votre arrivée sur les listes du MoDem vous ont valu quelques attaques. Que répondez-vous à ceux qui y ont vu une adhésion tardive, motivée par l’échéance des élections européennes ?
Florence Mardirossian : Tout d’abord je vous fais observer que le Mouvement Démocrate est lui-même une formation récente, avec un ancrage bien plus social que ne l’avait l’UDF. Ensuite, mes préférences à François Bayrou et à ses idées n’ont jamais été un secret, y compris dans les cercles du CDCA (Comité de la Cause arménienne) ou du Collectif Reconnaissance (voir note biographique) au sein desquels j’étais engagée. Enfin, mon investissement plein et entier pour cette campagne, menée tambour battant, devrait m’épargner ce genre de procès d’intention. Un investissement qui ne s’arrêtera certainement pas au lendemain du 7 juin, mais qui s’inscrit dans la durée.
F.A. : Comment votre parcours vous a-t-il mené jusqu’au MoDem ?
F.M. : Lors des différentes missions d’observations que j’ai été amenée à effectuer sous l’égide de l’OSCE dans les Balkans, le Caucase, en Asie centrale et dans les marges russes en général, j’ai acquis une double certitude. D’une part, il m’a semblé évident que l’Union européenne pouvait véritablement contribuer à davantage d’équilibre et de stabilité dans ces régions. D’autre part, nous ne pouvons rester inactif face aux désordres qu’engendrent les affrontements entre les Puissances dans ces régions - notamment entre la Russie et les Etats-Unis - sans donner à l’Union européenne l’opportunité d’exercer son ‘soft power’ (« puissance douce »).. Et c’est précisément la perspective promue par le Mouvement Démocrate.
F.A. : Comment François Bayrou et vos collègues du MoDem perçoivent-ils votre double implication en faveur de la Cause arménienne et de la diversité culturelle ?
F.M. : De manière très positive, comme le prouve ma présence sur leur liste ! Quant à la question de la diversité, que je représente par mes origines et défend par mes engagements, je dois vous dire que cette campagne a été pour moi l’occasion de découvrir combien la partie est loin d’être gagnée. Y compris à Gauche. Le summum a été atteint lorsqu’au cours d’un débat public sur la culture, un représentant du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) a déclaré ouvertement son mépris pour la promotion de la diversité culturelle, qu’il a qualifiée de formule « incantatoire ». Outre que la lutte des classes simplifie à outrance la question de l’appartenance sociale et la fausse, cette vision fait également l’impasse sur la dimension interculturelle des injustices sociales. En tant de Crise, un chômeur souffrira d’autant plus de violence économique qu’il est d’origine étrangère.
F.A. : Trouvez-vous qu’il y ait suffisamment de Français d’origine arménienne impliqués dans de telles élections – exception faite des élections municipales ? Comment expliquez-vous notamment que le Parti socialiste français n’ait pas jusqu’ici intégré des représentants Dachnaks (partenaires historiques du PS) sur ses listes lors d’enjeux nationaux ou européens comme aujourd’hui ?
F.M. : Je ne vois qu’une seule explication. C’est que le Parti socialiste français ne le souhaite pas. Les nombreux liens qui existent entre ces deux partis ne doivent pas nous exempter de nous interroger sur le problème que vous soulignez, concernant l’absence de Français d’origine arménienne sur les listes socialistes. Pour moi la réponse est simple : les Socialistes français et les Dachnags n’ont tout simplement pas la même vision – notamment sur le plan international, privant les seconds d’être à des positions-clés au PS. C’est extrêmement regrettable. Car, je le dis avec force : la valorisation de la diversité n’est pas une chose abstraite. Lorsqu’on est soi même issu de minorités, il est plus facile de comprendre la nécessité du dialogue interculturel et l’urgence de la lutte contre les discriminations. Tous ces parcours sont des richesses pour notre pays en terme de vision du monde – et mon propre intérêt pour la géopolitique et les questions liées aux droits des minorités n’est pas un accident. Et l’on ne doit pas s’arrêter au cas Rachida Dati, dont l’arrivisme n’a d’égal que l’opportunisme avec lequel Nicolas Sarkozy l’a nommée. Cela ne retire rien à l’importance de résoudre la question de la représentation de la diversité. Je regrette que sur ce point, il y ait autant de blocage à Gauche.
F.A. : Vous avez maintes fois affiché votre hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Or, le seul parti qui milite contre cette intégration est aujourd’hui l’UMP. N’est-ce pas incohérent ?
F.M. : Les déclarations populistes de Nicolas Sarkozy qui fait campagne sur son opposition à l’entrée de la Turquie ‘pour le moment’ n’ont que des visées électoralistes en réveillant la peur de l’Autre ; elles ne doivent pas faire oublier l’inclinaison naturelle de la Droite à se soumettre aux intérêts économiques et à plier face à la Turquie si de prétendus intérêts de cet ordre le commandent. François Bayrou, lui, défend une vision toute autre : face à la realpolitik des Etats et aux affrontements stériles et surfaits entre classe sociales que Nicolas Sarkozy n’a cessé d’alimenter, le président du Mouvement Démocrate propose une approche humaniste de la politique – tant au niveau social, national qu’international. Enfin, François Bayrou est celui qui a le plus clairement exprimé la volonté de renforcer l’Europe politique. Ces convictions sont également les miennes et c’est pourquoi j’ai exprimé ma motivation de figurer sur ces listes avec autant de force.
F-A : En tant que candidate d’origine arménienne, n’êtes-vous pas toutefois gênée par l’absence de référence explicite à la Turquie dans le programme du MoDem ?
F.M. : Non. Je le suis d’autant moins que le Mouvement Démocrate est la seule formation qui affiche clairement dans son programme cette volonté de constituer une Europe politique autour d’un cercle provisoirement restreint, lequel serait constitué par des pays de la zone euro et qui viserait in fine une autonomie sur le plan géostratégique. Là encore, nous sommes aux antipodes de Nicolas Sarkozy qui s’est empressé de mettre notre pays dans le sillage des Etats-Unis, via son entrée dans le commandement intégré de l’OTAN. Au contraire, la vision d’une Europe politique défendue au MoDem exclut cette fuite en avant que constituerait l’intégration d’un géant militaire. Je veux parler de la Turquie, deuxième armée de l’OTAN, dont l’adhésion à l’Union européenne créerait un problème irréversible pour l’autonomie de l’Europe, et par voie de conséquence pour l’équilibre mondial.
F-A : Etes-vous sensible au manque de ‘désir’ observé chez les électeurs à l’égard du vote du 7 juin ? Bien des électeurs ne sont pas convaincus de l’utilité d’élire un Parlement européen, à l’évidence peu influent sur les grandes orientations politiques prise au nom des Européens, notamment sur deux volets qui concerne au premier chef nos lecteurs, à savoir la politique étrangère de l’Union et sa politique sociale.
F.M. : Mais c’est précisément pour cette raison que les électeurs doivent se mobiliser. Paradoxalement, s’il est une chose que la crise économique a en effet révélé, c’est la nécessité de donner à l’Europe une réelle capacité à réagir d’un front commun - et non séparément à l’échelle nationale, comme c’est le cas aujourd’hui, chaque Etat de débattant pour colmater les effets terribles de la Crise. La question n’est donc plus celle d’un ‘désir’, mais de l’absolue nécessité que les Etats européens agissent de concert pour défendre ensemble leurs intérêts, qu’ils soient sociaux ou internationaux. Pour répondre pleinement à votre question, je dirai par ailleurs que cette solidarité européenne est la pierre angulaire de tout l’édifice. D’une part parce qu’en se sentant davantage protégés, les citoyens se mobiliseraient plus lors d’échéances électorales comme celles-ci. Ensuite parce que cette solidarité et cette cohésion constituent la condition sine qua non pour que les dirigeants des Etats européens concèdent au Parlement davantage de pouvoir.
F-A : N’ y a-t-il également une défiance des citoyens à l’égard des institutions européennes, voire d’une désillusion, à l’instar de ce que ressentent aujourd’hui les Arméniens d’Europe ? 22 ans après le vote de Juin 87 au Parlement européen, la reconnaissance du Génocide par la Turquie ne figure pas dans les critères officiels d’adhésion à l’Europe ! A moins que les responsables associatifs arméniens aient exagéré l’importance de ce vote ?…
F.M. : Pas du tout ! Ces responsables associatifs étaient dans leur rôle en s’engageant dans le combat pour la reconnaissance du Génocide par le Parlement européen. Et le vote du 18 juin 1987 est une véritable victoire politique qu’ils ont eu raison de ne pas minimiser. Reste que ce vote n’a pas tout résolu. Il ne le pouvait pas, d’ailleurs, compte tenu du pouvoir insuffisant accordé au Parlement au sein instances européennes. Il faudrait donc peut-être se pencher plus en détail sur les rouages politiques qui président aux grandes décisions de l’Union européenne, ainsi que sur la donne internationale. Par exemple, il n’est pas totalement inutile de savoir que la politique étrangère de l’Union se décide essentiellement au niveau du Conseil des Chefs d’Etats - ce qui explique que la résolution de Juin 87 par laquelle le Parlement reconnaît le Génocide arménien n’ait pas eu l’écho souhaité par les Arméniens lors des différents sommets organisés sur la Turquie. Peut-être est-ce même là le principal challenge qui s’offre à ces associations de diaspora : intégrer à leur réflexion ces mécanismes de décisions, et reconnaître pleinement la dimension géopolitique de la Cause arménienne.
Propos recueillis par Jean Stepanian
Blog : www.mardirossian.eu
Note biographique
Florence Mardirossian, 33 ans, est spécialiste en géopolitique et doctorante à la Sorbonne. De 2004 à aujourd’hui, elle a travaillé dans les pays de l’Est pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Elle est aujourd’hui secrétaire générale de l’Observatoire européen de géopolitique. Elle est également membre fondateur du Collectif Reconnaissance, union d’associations pour la défense des droits de l’homme et la promotion de la diversité culturelle. Elle participe régulièrement à des conférences internationales et contribue à plusieurs publications.
Réduire les liens entre la FRA et le parti socialiste à la simple présence de militant FRA sur des listes du PS c’est vraiment prendre des vessies pour des lanternes électorales.
Aurait-il eu une reconnaissance du Génocide des arméniens par le France et une loi contre le négationnisme s’il n’y avait pas eu le travail de la FRA avec le PS durant ces 30 dernières années ? Les liens entre le PS et la FRA ont permis de financer des postes et des structures qui ont servi la communauté arménienne de France et la Cause Arménienne. Qu’ont fait l’UDF et le Modem pour la Cause Arménienne et les arméniens ? On se souvient de Simone Veil qui a tout fait au parlement européen pour faire capoter la reconnaissance du Génocide sans parler de François Bayrou qui a pris position contre la loi de pénalisation de négation du Génocide.
La FRA a pour vocation d’être au service de la communauté, pas de servir les plans de carrières d’arrivistes qui se serve de leur patronyme ou de leur filiation comme d’un argument électoral. Les responsables de la FRA définissent des rapports politiques en fonction des intérêts de la diaspora et de la Cause Arménienne. C’est peut être là, la différence entre un militant d’un parti socialiste animé par des convictions et des membres du modem animé par l’appât du gain et du pouvoir.
J’ai de la sympathie pour la FRA et je crois en son absolue sincérité et à son total dévouement (le préciser est même ridicule, mais enfin j’ai à cœur d’éviter une mauvaise interprétation).
A mon sens toutefois, au dessus de notre nécessaire action individuelle de citoyens des différents pays dans lesquels nous sommes dispersés, l’action principale ne doit pas venir d’un parti arménien quel qu’il soit, mais d’une instance unique et mondiale, représentant la diaspora. Il est temps maintenant de franchir ce pas, l’actualité récente le démontre de manière flagrante...
Bonjour,
Je me permets de donner mon avis qui, bien sûr, peut être discuté.
Pourquoi candidate de la diversité culturelle ? A quel titre ? Florence Mardirossian est française. Quand comprendrons-nous que nous devons agir dans la sphère publique, en tant que citoyen français. Ensuite, si la question arménienne a eu une dimension universelle (ce que je crois), alors ce citoyen français luttera pour elle. Cette présentation réductrice et totalement anachronique, est une tragique erreur. Un candidat juif se présente, c’est tout. Imaginez-vous que l’on présente Patrick DEVEDJIAN comme un symbole de la diversité culturelle ?
Vous faites la même erreur quand vous évoquez le déficit des candidats issus de la FRA, au sein des listes du PS. Pourquoi faudrait-il être membre de la FRA pour cela. Je compare encore avec les Juifs, parce que c’est l’exemple le plus pédagogique : en effet, il n’est pas nécessaire d’appartenir au parti travailliste israélien pour figurer sur les listes du PS.
Enfin, toujours sur le même registre, je relève cette abominable et stupide formule : " l’intégration politique des Français d’origine arménienne ". Quelle bêtise...
Je ne prétends pas tout savoir, mais là, je constate trop souvent cette erreur stratégique synonyme de stigmatisation...
Je vous remercie pour la publication de ma réaction.
Dikran TIMOURDJIAN
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