Les Arméniens dans les élections libanaises

Revue de Presse

le 7 juin 2009

France-Arménie propose la traduction intégrale de l’article du New York Times sur la communauté arménienne du Liban

Article du 25 mai 2009

BEYROUT, Liban - Leur appareil politique est un modèle de discipline. Leur vaste réseau de services sociaux est un état virtuel dans un état. Leurs ennemis les accusent d’être « les jouets » de la Syrie et de l’Iran. Ce sont les Arméniens chrétiens du Liban, l’une des communautés les plus singulière et incomprise du Moyen-Orient. Et s’ils nous font penser au « Hezbollah », le groupe militant Chiite basé à Beyrout, ce n’est pas tout fait par hasard.

Le mois dernier, le plus grand bloc politique arménien a décidé de soutenir l’alliance du Hezbollah lors des prochaines élections parlementaires du Liban contre la majorité parlementaire pro-américaine. A cause de leur poids décisif dans ces élections, les Arméniens peuvent bien finir par décider de qui va perdre ou gagner dans ce qui est souvent décrit comme une bataille par procuration entre l’Iran, grand protecteur du Hezbollah et l’Occident. Ces derniers événements ont mis en exergue les Arméniens. Un groupe ethnique distinct, dispersé à travers toute la région un peu comme autrefois les Juifs. Au Liban, ils ont leurs propres écoles, hôpitaux et journaux. Ils parlent leur propre langue et ont leur propre alphabet. Le Dachnaktsoutioun est leur parti politique principal. Il opère dans 35 pays et a une commission parlementaire secrète qui se réunit quatre fois par an. La mémoire collective de leur génocide perpétré par la Turquie entre 1915 et 1918 les aide à conserver leur identité au sein d’une vaste diaspora.

« Il y a un sentiment de patriotisme à travers les frontières » a déclaré Paul Haidostian, président de l’Université de Haigazian, l’université arménienne de Beyrouth. En réalité, leurs ennemis politiques des Arméniens les accusent de pactiser avec le Hezbollah dans le but de protéger les importantes communautés arméniennes de Syrie et d’Iran. Mais selon les dirigeants du parti politique arménien, la communauté est totalement indépendante et n’a aucun penchant idéologique envers les deux principaux partis politiques présents au Liban. Les Arméniens, disent voter pour l’opposition pour des raisons tout à fait pragmatiques et régionales. Ainsi, ils peuvent avoir un total contrôle sur les sièges parlementaires dans les quartiers arméniens. « L’Autre camp n’a pas ce pouvoir-là » déclare Hovig Mekhitarian le président de la branche libanaise Dachnak. « Nous voulons des candidats qui représentent notre communauté » s’exclame M.Mekhitarian

« Nous ne roulons pas pour l’opposition, ni pour la majorité ». Cette dynamique est très banale au Liban, un échiquier de groupes mutuellement sectaires et suspicieux qui sont habituellement plus intéressés par protéger leurs propres intérêts que de faire avancer un programme politique national ou régional. Néanmoins, même au Liban, les Arméniens se distinguent par leur indépendance. Durant la guerre civile de 1975-1990, les Arméniens ont refusé de prendre parti. Le parti Dachnak a découragé ses membres en quittant le pays (cela dit, beaucoup d’Arméniens sont partis aussi) par respect envers le patriotisme libanais. Officiellement, le parti est socialiste mais son seul vrai crédo est la persistance. M. Haidostian raconte : « Un jour, alors que je me faisais contrôler comme d’habitude au check point, ils m’ont demandé : « Etes-vous chrétien ou musulman ? Je leur ai répondu que j’étais Arménien. C’était comme une troisième catégorie. Si bien qu’ils ne savaient pas quoi faire. ». Malgré tous les risques que l’on connaît, le Liban est le seul endroit accueillant dans le cœur des Arméniens. Principalement car son état fragile leur permettent de vivre presque comme une nation à part. Selon M. Haidostian, il y a comme un problème de confiance autour de l’identité libanaise et c’est justement dans ce sentiment d’incertitude que les Arméniens ont trouvé leurs marques. Toutefois, il y a des Arméniens depuis des siècles au Liban. Il y sont venus en masse après le génocide. Plus tard les guerres et les crises ont provoqué davantage de migrations, augmentant ainsi la taille de la communauté libano-arménienne de 240 000 personnes dans les années 70. La création de l’état indépendant d’Arménie en 1918 en avait accueilli certains. Mais sa petite taille et son rôle en tant qu’état client de l’Union soviétique après 1920 en a réduit sa capacité d’accueil.

Au Liban, les Arméniens jouissaient bizarrement d’une grande liberté qui leur permettait de conserver leur religion et leur culture. Ainsi ils ne se sont pas complètement assimiler à la culture libanaise. Aux Etats-Unis, les Arméniens se marient souvent à l’extérieur de leur communauté et sont moins enclins à parler leur propre langue. Au Liban, ils ont gardé toute leur particularité. Le quartier de « Bourj Hamoud » est une vraie petite Arménie, avec ses magasins aux enseignes écrites en arménien, ses échoppes, ses maisons et ses restaurants tenus par des classes moyennes cimentées par une forte culture familiale. C’est ici que la branche libanaise des Dachnaks a son quartier général avec le drapeau du parti où jaillissent sur fond rouge la plume, la pelle et l’épée, représentant l’idéologie, le travail et la lutte. Il y a également un riche réseau d’écoles, d’orphelinats, de maisons de retraite et d’hôpitaux. Les écoliers apprennent trois langues (Et trois différents alphabets) et en commencent une quatrième dès l’école primaire. L’indépendance requiert une grande habilité politique. Durant la guerre civile, « Bour Hamoud » était géographiquement pris en étau entre les zones chrétiennes et palestiniennes. Ses dirigeants devaient travailler dur pour éviter de devenir la cible des deux camps. Dernièrement, il a été très difficile de préserver cette neutralité relative. Le parti Dachnak a longtemps été un allié de facto de la Syrie. En partie à cause de l’ex-domination militaire de la Syrie sur le Liban. Après le retrait de la Syrie en 2005 il est resté dans le camp politique syrien, surtout parce qu’il accusait l’autre camp d’avoir une loi électorale qui divisait les circonscriptions arméniennes et réduisait leur pouvoir. Ce printemps, Saad Hairiri, le leader de la majorité parlementaire pro-américaine a essayé de se rabibocher avec le parti Dachnak qui contrôle la majorité de l’électorat arménien. Il avait de bonnes raisons de le faire. L’année dernière la loi électorale a été révisée de telle façon que le pouvoir des Arméniens s’est vu renforcé.

Les Chrétiens libanais peuvent faire basculer l’élection et la communauté arménienne, forte de 160 000 personnes, est de loin la composante la plus soudée de cet électorat. Si M. Hariri avait pu convaincre les Dachnaks de voter pour son camp, la balance aurait pu pencher de son côté. Ainsi, il aurait fait échouer le Hezbollah et ses alliés. Il n’a pas réussi. M.Mekhitarian a déclaré que M. Hariri ne lui avait pas offert assez de sièges. « Il nous a proposé qu’un seul siège, et il voulait notre soutien pour 15 autres ». Cela étant, les membres du parti de M. Hariri qui ont pris part aux négociations avaient proposé quelque chose de légèrement différent. Ils ont rapporté que M. Hariri avait proposé les sièges parlementaires convoités par le parti Dachnak mais à condition que ce dernier s’engage vraiment à le soutenir avant et après les élections. Mais le parti arménien n’a rien fait de tel.

Ce n’est d’ailleurs pas surprenant. Dans un sens, les Arméniens ne peuvent pas se permettre un tel engagement politique. A l’instar des Druzes et d’autres minorités vivant au Liban, ils croient devoir subordonner tous les principes idéologiques pour s’assurer une défense sûre et rapide de leur communauté. Et Hagop Pakradounian, parlementaire Dachnak d’expliquer : « En politique, on peut toujours rester neutre. Mais on essaie d’avoir des liens dans tous les camps et de les garder. »

Traduction Laure Canosa-Lastricati

Pour Lire la version anglaise originale, cliquez ici

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