Morts pour la France
par Zmrouthe Aubozian
le 11 novembre 2009
Nous allons célébrer le 11 novembre l’armistice de 1918 mettant fin à la Première Guerre mondiale, il faut rappeler le sacrifice ‘pour la France’ des 500 000 volontaires arméniens et de la Légion d’Orient.
Si Missak Manouchian est le héros arménien le plus connu de la Seconde Guerre mondiale, on connaît moins les héros arméniens de la Première Guerre mondiale. Ceux-ci furent pourtant légion. Le 21 août 1914 – la guerre fut déclarée le 2 août – ils défilèrent nombreux sur les Champs-Elysées pour s’enrôler. Un appel fut lancé à la Diaspora du monde par Aram Turabian, leur délégué, pour combattre aux côtés des Alliés. En tant que non Français, ils furent d’office versés dans la Légion étrangères et se distinguèrent comme régiment d’élite en Artois, Champagne et Somme. Ainsi, 85 Arméniens venus des Etats-Unis, tous des rescapés du Génocide, embarquèrent à bord du navire amiral Olry qui faisait le trajet Le Havre-Indochine. Torpillé par les Allemands au large de la Crète, le navire coula le 1er septembre 1917.
Dans la Légion d’Orient (1915-1920), ils aidèrent à remporter la bataille de l’Arara (Syrie). Parmi eux, se trouvaient les rescapés du Djebel-Moussa qui résistèrent tant qu’ils purent à l’envahisseur turc. Dépourvus d’armes en nombre suffisant, ils furent sauvés par deux croiseurs français qui les transportèrent à Port-Saïd. En signe de reconnaissance, ils demandèrent à combattre sous le drapeau français et formèrent avec les volontaires arméniens d’Egypte et du Liban le 1er noyau de cette Légion d’Orient devenue le 1er février 1919, Légion arménienne. Toute la Cilicie fut occupée et pacifiée. Mais les troupes françaises se retirèrent laissant les populations sans défense : 18 000 Arméniens furent massacrés à Marache et 15 000 à Hadjin. Les survivants prirent le chemin de l’exil.
Donabed Donabédian, né en 1896, à Hussenigue, au pied de la vieille ville de Kharpert, partit pour le Nouveau monde pour y étudier et travailler. A l’appel d’Aram Turabian, il rejoignit l’armée française en Syrie, avec pour objectif de recréer la petite Arménie en Cilicie alors sous mandat franco-anglais. Ce sergent qui parlait le français appris à Kharpert chez les missionnaires, débarqua à Marseille en 1922 et finit par s’établir à Lyon. Movsès Kévorkian, lui, était originaire de Mouch et né en 1889. Arrivé en France en 1912, il s’engagea dans l’armée d’Orient le 17 septembre 1914 et partit pour Port-Saïd. Pour les ‘doper’ lors des combats, on lui fournissait à lui et ses compagnons du « monte en ligne ». Présent à la bataille de l’Arara, il racontait à ses enfants être allé sur une colline où Français et Anglais combattaient, avant d’être remplacés par les Arméniens qui hissèrent le drapeau victorieux sur le sommet. Sergent dans la bataille de la Marne, il fut blessé à Loudun.
Le général Gouraud, commandant des troupes d’occupation du Levant, déclarait en 1920 : « La France généreuse se souviendra fièrement qu’Elle eut l’honneur de confier à des Fils d’Arménie un lot de baïonnettes qu’ils manièrent d’enthousiasme. Puisse le sang versé, puisse l’héroïsme commun ne pas rester stérile. » Le Sénat devrait s’en souvenir, lui qui ne veut pas mettre à l’ordre du jour, la proposition de loi concernant la pénalisation du négationnisme du Génocide des Arméniens, proposition votée par l’Assemblée nationale en octobre 2006.
Zmrouthe Aubozian
Eléments relevés dans Les Arméniens au service de la France, brochure éditée par l’ANACRA.
Si la citation finale concernant Gouraud est bien extraite de la brochure de l’ANACRA, soit ses membres se trompent, soit c’est encore plus honteux : elle est du général Julien Dufieux, victime de cabale, comme avant lui le colonel Brémond rappelé en France parce que trop favorable aux Arméniens et refusant de baisser les armes devant les kémalistes soutenus par les loges, et sûrement pas de Gouraud, Haut-commissaire planqué à Beyrouth et qui refusait même des renforts et du matériel aux troupes françaises de Cilicie. Il facilitait ainsi l’action des kémalistes en Transcaucasie contre la République arménienne.
Concernant Gouraud : 1° "Le cuivre et le coton sont partis sous le gouvernement du général Gouraud, marqué par une douloureuse série de désastres, au Nord, à l’Est et au Sud, par les honteuses évacuations de la région d’Ourfa, de la Cilicie et des approches de la frontière de Palestine." 2° "Gardant en Syrie, pour sa sécurité personnelle les spahis marocains et l’artillerie lourde destinés à la Cilicie, il (Gouraud) abandonnait la terre de saint Paul à son destin." 3° "Le général Dufieux avait donné des ordres qui ne comportaient pas l’évacuation (de Marache). Normand venait de Beyrouth et avait reçu, une fois encore, sa mission de Gouraud. A Adana, nous ne savions rien de ce qui se passait. Le général Dufieux n’a appris l’évacuation qu’en voyant arriver la colonne Normand. Mais avant le départ de celle-ci nous avons été fort surpris de recevoir un télégramme de Gouraud disant : « Il est bien entendu qu’il n’est pas question d’évacuer Marache. » Et le général Dufieux me dit (au général Brémond) : « Mais pourquoi me télégraphie-t-il cela ? Jamais personne n’y a pensé. » C’était le télégramme de couverture. » 4° « Dufieux demanda son renvoi (du vali Djelal d’Adana partisan des kémalistes) immédiat à Gouraud qui le refusa. » 5° « « Par suite, écrivit le 19 juin Dufieux à Gouraud, la situation est angoissante et paraît sans issue », et il lui demanda les dates précises d’arrivée des trois bataillons promis. Gouraud lui répondit le 23 qu’ « ils étaient arrivés, qu’ils avaient été employés ailleurs, et qu’il ne fallait compter ni sur eux ni sur d’autres ». 6° « Le 11 mars 1921 (à la conférence de Londres), assisté du général Gouraud, il (Aristide Briand) donna enfin les postes du désert et le reste de la Cilicie, soit le Djebel Bereket, à Moustapha Kemal. » 7° « Gouraud rentra en Syrie. A Constantinople, il fit cette déclaration : « L’accord (de Londres) a été élaboré en vue de donner satisfaction à la Turquie : je suis prêt à en aborder l’application avec loyauté et dans un large esprit de conciliation. » 8° « Le 12, Dufieux lisant au konak la proclamation de Gouraud, fit savoir que son chef se refusait à faciliter l’exode des populations (notamment des Arméniens menacés de massacre en raison de l’avance des kémalistes après la signature du traité d’Angora entre Kemal et Franklin-Bouillon mandaté par Briand) : ce fut le paragraphe III de son allocution : « Il ne serra pas fait de trains spéciaux ; il ne sera pas affrêté de bateaux par les autorités françaises pour les émigrants ; il ne sera pas fait de camps en Syrie » ». 9° « Kemal réunit la Grande Assemblée nationale le 1 novembre. Il exposa que déjà Franklin-Bouillon et Gouraud, dans leurs lettres et leurs proclamations, identifiaient le kémalisme avec la Turquie ; qu’à l’opposé du groupe sénatorial (français) des Affaires extérieures, ils évitaient toute allusion au sultan ou à l’Empire ; il lut ce passage de la proclamation de Gouraud : « Son Excellence Mustapha Kemal pacha a désigné, pour restaurer l’autorité ottomane dans les territoires que lui rend l’accord du 20 octobre (1921)... » et il conclut de ces textes que la France reconnaissait dès lors le gouvernement d’Angora pour le gouvernement de droit et de fait de la Turquie. »
En tout cas, certains membres de l’ANACRA sont coutumiers de ce genre de falsification qui n’est pas toujours due à l’ignorance... Ils feraient bien d’apprendre par coeur "La Passion de la Cilicie, 1919-1922" de Paul du Véou qui était sur place. Et on prétend apprendre aux Français leur propore histoire alors qu’on ne sait même pas la sienne !
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