Les « Foyers de l’espoir » pour les Artsakhiotes

Les « Foyers de l’espoir » pour les Artsakhiotes

La Croix Bleue des Arméniens de France a lancé en Arménie un programme innovant qui permettra à des familles réfugiées d’Artsakh de s’installer dans de bonnes conditions. Pour s’inscrire dans la durée.

PAR VAROUJAN MARDIKIAN

Les membres de la CBAF à l'inauguration d'une des maisons financcée par la France

2020-2023 : une période des plus noires pour les Artsakhiotes, qui ont vécu la Guerre de 44 jours, le blocus durant neuf mois et l’agression finale de l’Azerbaïdjan. Fin septembre 2023, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) a lancé une campagne d’envoi de fonds à son homologue en Arménie, la Croix de Secours d’Arménie (HOM). Le HOM a ainsi pu acheter en Arménie des denrées alimentaires, des vêtements, des produits d’hygiène pour les réfugiés arrivés dans un dénuement total.


La distribution des cartons alimentaires a débuté à Goris (sud de l’Arménie) – la première grande ville à avoir accueilli 100 000 réfugiés en quelques jours – avant de s’étendre à toutes les régions d’Arménie où les familles ont essaimé en vue de leur installation. Encore aujourd’hui, les populations arméniennes d’Artsakh, installées dans diverses régions du pays, ont besoin d’un logement, d’un travail, d’un accès à l’éducation pour leurs enfants et aux soins. Pour répondre à leurs besoins, le HOM a recherché des villes et villages avec toutes les commodités, afin de permettre à ces familles de s’intégrer dans un environnement sûr offrant toutes ces possibilités.

En février 2024, le HOM a lancé un nouveau programme de logement pour les Arméniens d’Artsakh, « Les Foyers de l’espoir ». Une opération relayée en France par la CBAF à partir de mai 2024, grâce à une aide de la Ville de Lyon. Maro Kéchichian, la présidente du Conseil régional du HOM d’Arménie, raconte sa genèse : “ Lorsque les habitants d’Artsakh se sont installés en Arménie après avoir été déplacés de force, nous ne souhaitions pas qu’ils émigrent vers un autre pays et se dispersent. Nous avons donc cherché un moyen de leur permettre de rester en Arménie. L’un de nos amis, Ivan Artaldjian, avait acheté une maison qu’il avait donnée à une famille d’Artsakh. Cette maison était également entourée d’un terrrain. Cet ami m’a parlé de son idée qui m’a immédiatement séduite. Bien sûr, nous n’aurions pu mener à bien ce projet seuls. Nous nous sommes tournés vers le Conseil central du HOM, qui l’a accueilli avec enthousiasme et nous a encouragés à nous y atteler. Il fallait acheter des maisons. Des projets ont vu le jour en Diaspora, de l’argent a été collecté et des maisons ont été achetées dans différents villages. Afin d’avancer pas à pas et de façon efficace, nous avons décidé de fournir des maisons à au moins dix familles d’ici octobre 2025, afin qu’elles puissent se consacrer à l’agriculture et rester attachées à leur patrie. ”


Ainsi, le HOM a choisi la province de Chirak (nord-ouest du pays) comme région-pilote. La guerre de 2020 et le déplacement forcé de 2023 ont entraîné l’installation de plus d’un millier de familles artsakhiotes dans la région, soit 2 900 âmes au total. La ville de Gumri et les communautés rurales environnantes sont devenues des lieux de résidence temporaire ou permanente, selon les familles.


Ces localités offrent des solutions en matière de soins, de travail et d’éducation. Akhourik, notamment, possède déjà une maternelle et une école primaire rénovées, et se situe sur les axes routiers nord-sud qui permettent une circulation facilitée vers Gumri ou Akhourian. Le HOM y a acquis des domaines qu’il réhabilite à ses frais afin d’offrir aux familles un confort notable. La ville d’Akhourian dispose d’un centre de soins, « Centre la Mère et l’Enfant », financé également par le HOM, où les soins des femmes enceintes et des enfants sont pris en charge gratuitement jusqu’aux 18 ans de l’enfant. Ce centre a déjà accueilli depuis septembre 2023 plusieurs femmes d’Artsakh qui y ont donné naissance à leurs enfants.


A l’occasion du 115e anniversaire du HOM, environ 400 de ses représentants venus de 26 pays, dont une vingtaine de France, ont pris part le 16 octobre 2025, parmi les événements organisés à cette occasion, à la cérémonie d’inauguration, à Akhourian, de la maternelle au nom symbolique de « Hékiat » (« conte », en arménien). 60 enfants débordant d’enthousiasme attendaient ce moment avec une impatience non dissimulée. L’encadrement de l’école, aussi : Lianna Haroutiounian, sa directrice, a révélé que toute son équipe n’avait pu trouver le sommeil la veille de l’inauguration !



Des maisons attribuées


sous certaines conditions


Plusieurs responsables de la province de Chirak ont mis leurs compétences au service du HOM, dans le cadre de la réalisation de son programme. Le HOM a pu compter sur le soutien de la secrétaire de son administration régionale, Hripsimé Nahapétian, qui vit dans la province depuis 30 ans et connaît parfaitement les ressorts de son administration, et de l’ancien maire d’Akhourian, Artsroun Iguitian, qui a apporté son aide précieuse.


A l’automne 2025, 10 familles d’Artsakh ont pu ainsi être logées, conformément à l’engagement pris. Et plusieurs villages de la même région sont prêts à accueillir une trentaine de familles. Mais l’installation de ces réfugiés dans leur maison se fait sous certaines conditions : ils devront y habiter pendant 10 ans, cultiver le terrain qui l’entoure, et ils ne pourront pas vendre la maison, sauf en cas de possibilité de retourner vivre en Artsakh. Si les responsables du programme sont convaincus de l’attachement de la famille à la maison et à la terre, l’habitation lui sera attribuée au terme des 10 ans.


Comment le HOM a-t-il procédé pour sélectionner les familles artsakhiotes bénéficiaires de ce programme dans la région de Chirak ? Ne connaissant pas tous les résidents d’Artsakh venus s’installer dans les différentes localités de la province, les cadres du HOM, comme l’explique Maro Kéchichian, “ rencontrent d’abord les responsables administratifs de chaque village, leur demandent une liste des résidents de l’Artsakh qui y vivent et discutent de leur situation ”, tout en privilégiant l’attribution de ces logements aux familles nombreuses. Le Conseil central du HOM “ désigne alors un comité qui se rend sur place, rencontre les familles, s’assure de leur désir de rester au pays puis essaie de leur attribuer un logement ”. Les familles sont accompagnées jusqu’au bout du processus d’installation, puisque le comité chargé de la mise en œuvre du programme, après l’achat de la maison, “ la rénove et l’aménage ” avant d’en remettre les clés aux destinataires. Les biens sont choisis de manière à ce que la rénovation soit envisageable dans un délai court. Le coût de l’achat et de la rénovation d’une habitation s’élève à environ 50 000 dollars (43 000 euros). La France et la CBAF ont financé à ce jour 3 maisons grâce aux dons reçus.


“ Le Conseil central du HOM fournit les ressources financières nécessaires à l’acquisition des biens, souligne Maro Kéchichian. Toutes nos organisations au sein de la Diaspora et des communautés arméniennes soutiennent activement ce programme. Elles font des dons au Conseil central du HOM, qui nous les reverse ensuite. C’est un programme très généreux et très apprécié. Bien entendu, avec l’accord du Conseil central, nous nous efforcerons de le poursuivre. Nous mettrons autant de maisons que possible à disposition des habitants de l’Artsakh. Nous avons commencé par la région de Chirak, mais nous allons tenter, bien sûr, d’étendre le programme à d’autres provinces. ” Comme celle tant convoitée du Syunik, en mettant en œuvre prochainement un nouveau programme. “ Il ne s’agira pas nécessairement d’attribuer des maisons, confie Maro Kéchichian, mais nous souhaitons rendre le Syunik plus solide et faciliter la vie des Artsakhiotes qui s’y sont installés, afin qu’ils restent dans la patrie et ne partent pas à l’étranger. ”


15 000 Artsakhiotes


déjà partis à l’étranger


Le HOM noue des contacts quotidiens avec les familles de réfugiés artsakhiotes. “ On peut lire dans leurs yeux mélancolie et désespoir, mais ils sont toujours animés par une volonté inébranlable, portés par l’espoir de retourner en Artsakh et d’y revivre leurs jours de gloire passés ”, souligne Maro Kéchichian qui se penche, attendrie, sur son expérience de terrain. “ Je suis moi aussi très attachée à l’Artsakh. J’y ai vécu six mois avant le blocus, j’ai travaillé avec les jeunes du Homenetmen, j’ai appris à connaître les gens de mon entourage. Ce pays ne peut pas être livré à l’ennemi. C’est une république admirable, avec des terres fertiles et magnifiques qui, j’en suis certaine, nous seront rendues. Le peuple de l’Artsakh est véritablement déterminé. Bien sûr, certains sont gagnés par le découragement, surtout parmi les personnes âgées. Ils se demandent s’ils retourneront un jour dans leur pays. Mais nous les encourageons et ils gardent espoir. Nous sommes avec l’Artsakh. Il est à nous et le restera. ”


Arousyak Melkonian, la présidente du HOM, évoque le chemin parcouru en deux ans, depuis septembre 2023. “ Le cœur du HOM a saigné, mais nous n’avons jamais cédé au découragement. Au contraire, notre organisation a déployé tous ses efforts, a relevé tous les défis et a donné naissance au projet « Les Foyers de l’espoir ». Le résultat obtenu nous rappelle que l’effort et le travail collectifs permettent de concrétiser des projets paraissant impossibles à réaliser. ”


Ce projet innovant s’avère d’autant plus nécessaire qu’à ce jour, 15 000 Artsakhiotes ont quitté l’Arménie pour la Russie ou d’autres pays. Maintenir ces familles de réfugiés en Arménie relève d’une mission stratégique qui va bien au-delà de son caractère humanitaire, car il s’agit d’offrir des conditions de vie décentes, dans un environnement sain, à des réfugiés soucieux d’entretenir la perspective d’un retour en Artsakh.

Le HOM va donc poursuivre inlassablement sa mission, comme il le fait depuis 115 ans aux côtés du peuple arménien, dont l’histoire particulièrement tourmentée justifie pleinement l’existence de telles structures. Arousyak Melkonian résume ainsi la philosophie de l’organisation : “ Là où il y a un Arménien, il y a le HOM. ”


Vous pouvez participer

à l'opération "Foyers de l'espoir" en faisant un don
à la CBAF :

- par voie postale : CBAF, 17 rue Bleue - 75009 Paris

- en ligne : https://croixbleue-france.com/faire-un-don/

par Harout Mardirossian 25 février 2026
Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !
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Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.
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