La bataille d’Alep solde la présence kurde
La bataille d’Alep solde
la présence kurde
Du 6 au 9 janvier 2026, Alep a connu une séquence de combats intenses liée aux affrontements entre forces du pouvoir syrien (transitoire) et forces kurdes (FDS/Asayish), concentrés notamment autour de quartiers comme Sheikh Maqsoud et Achrafieh, avec des déplacements massifs de civils et des dégâts importants.
Par Tigrane Yégavian
C ’est un scénario qui rappelle le nettoyage des poches salafistes de la région de Damas en 2018, mais dans un autre sens. En ce 6 janvier, jour de célébration du Noël arménien vers 14h00 de l’après-midi de violents tirs. Les combattants kurdes affiliés aux Forces démocratiques syriennes occupaient depuis le début de la guerre deux quartiers d’Alep (Sheikh Maqsoud et Achrafieh) en totale indépendance. Une fois la ville passée sous le contrôle des rebelles islamistes de Hayat Tahrir al Sham, le statu quo avait perduré, à condition d’un retrait au bout d’un an. “ Ce délai étant passé, les autorités ont décidé d’en découdre par les armes afin de vider ces poches de résistance. Mais auparavant, ils ont informé les civils afin qu’ils puissent avoir le temps de quitter les lieux pour ne pas être pris au milieu des tirs nourris ”, indique Hovig Ohanian, jeune professeur et activiste civil de la communauté arménienne d’Alep. Passé ce délai, les combattants au lieu de quitter les deux quartiers, ont déclenché les hostilités provoquant une réponse très forte de la part du camp loyaliste. Or, ces deux quartiers et surtout celui d’Achrafieh, enregistrent une forte présence arménienne. Ils ont subi des dégâts matériels importants, des vitres ont été soufflées, des appartements ont été endommagés, des missiles sont même tombés dans des zones résidentielles, fort heureusement sans provoquer de victime humaine. Les évêques des églises d’Alep ont appelé leurs fidèles à ouvrir leurs églises pour accueillir le flux de réfugiés, plusieurs milliers de civils qui ont fui les zones de combat. Plusieurs relais communautaires indiquent que, malgré la peur, les services essentiels (boulangeries, pharmacies, hôpitaux) ont continué de fonctionner. Au bout de trois jours, les forces kurdes se sont rendues et ont été acheminées par bus de l’autre côté de l’Euphrate, en zone tenue par les FDS. Des convois humanitaires ont été mis en place permettant l’évacuation d’environ 155 000 personnes. Le gouvernement a décompté 29 tués et 129 blessés. Quelque 1 300 plaintes contre les forces de sécurité ont été déposées. Un cessez-le-feu précaire a été signé, mais en substance, rien n’est réglé. Du moins tant que le nouveau régime n’aura pas assuré le contrôle de l’ensemble du territoire national sans partage de compétences. Exit donc, la solution fédérale. Mais cet épisode rappelle aussi combien le maximalisme des Kurdes, écartant tout compromis, s’est avéré funeste. En l’absence de garantie américaine, ceux-ci risquent de connaître le sort des autres minorités honnies par les nouveaux dirigeants.
Mi-janvier le calme régnait à Alep. “ Les autorités ont le souci d’informer la population des développements de la situation, la question de la sécurité semble être une priorité pour elles ”, précise Hovig qui se veut rassurant. “ La paix est revenue à Alep, nous n’avons, grâce à Dieu, aucune victime à déplorer, mais il va falloir nettoyer les champs de mines et beaucoup de ressources pour reconstruire les habitations endommagées ”.
L’Arménie aux abonnés absents
Cet énième tragique épisode qui meurtrit la population d’Alep marque à nouveau le manque de diplomatie humanitaire visible de la part de l’Arménie. Aucune cellule de crise n’a été mise en place, aucune ligne d’urgence, aucun corridor humanitaire aménagé, encourageant l’impression d’une forme d’abandon. Si le consulat de la République d’Arménie est resté opérationnel durant les affrontements, aucune aide n’a été signalée du côté de l’Arménie. Le haut-commissaire à la Diaspora Zareh Sinanian, s’est, au cours d’une conférence de presse le 12 janvier, contenté d’appeler les Arméniens de la ville à rejoindre l’Arménie, probablement par leurs propres moyens. L’aéroport d’Alep étant fermé, le dernier avion en partance pour Erevan a décollé le 9 janvier. À l’évidence, si la situation sécuritaire semble relativement revenue à la normale, rien ne prédit que la stabilité soit pérennisée dans un avenir proche et lointain.







