Résister au monde tel qu’il va

Résister au monde tel qu’il va
la présence kurde

Par Harout Mardirossian

Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat indépendant pour faire main basse sur les richesses pétrolières du Vénézuéla, les richesses minières du Groenland, les terres rares d’Ukraine, ou les mines d’or d’Artsakh. L’état de ce monde doit tous nous faire réfléchir, et nos dirigeants en premier, à notre propre attitude à l’égard de ces régimes liberticides et impérialistes. Martin Luther King avait dit : “ A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis ”.


Et c’est vrai que le silence complice des démocraties européennes a une large responsabilité dans le monde tel qu’il va. Exemple : en laissant prospérer depuis 15 ans un dictateur comme Aliev, en ne le condamnant pas, en ne le sanctionnant pas, en ne le privant pas d’armes, en continuant de commercer avec lui lorsqu’il a attaqué l’Arménie et l’Artsakh, lorsqu’il a mis en place un blocus pendant 9 mois pour affamer les Artsakhiotes, lorsqu’il a procédé au nettoyage ethnique de l’Artsakh et de ses 120 000 habitants, elles ont démontré que la force était payante face à la lâcheté. Au mieux, pour se donner bonne conscience, ces démocraties font des discours pleins de bons sentiments et promettent un peu d’aide humanitaire. Au pire, elles tournent la tête et elles parlent de paix et de prospérité future, tout en sachant qu’elle ne viendra pas.


Mais le pire du pire dans ce monde ubuesque, c’est quand ces puissants dictateurs exigent de leurs victimes elles-mêmes, qu’elles se repentent des crimes qui ont été commis contre elles. C’est le cas avec l’Arménie.


Au nom d’une paix hypothétique avec les tenants d’une idéologie visant à l’annihilation des Arméniens, on lui demande de ne plus parler de l’Artsakh, de ne plus peindre l’Ararat, de ne plus évoquer le Génocide des Arméniens, de ne plus parler de poursuites judiciaires internationales contre le clan Aliev. Et le pouvoir en place, incarné par le Premier ministre, non seulement l’accepte sans sourciller, mais se fait surtout l’apôtre de cette politique de l’oubli et du silence dans ce qu’il appelle “ l’idéologie de l’Arménie réelle ”.



Cela va même au-delà, car désormais quiconque s’oppose à cette politique est considéré comme un ennemi de l’État pouvant remettre en cause sa sécurité nationale. Cela va du Catholicos de tous les Arméniens, aux partis politiques d’opposition, aux anciens Présidents, à des blogueurs, des journalistes, des sportifs ou des citoyens lambda. Ce qui leur est promis, c’est la prison, la confiscation de leurs biens, la perte de leur emploi. Une politique de la peur destinée à obtenir le consentement par la force. Ce n’est donc pas étonnant que la Turquie via son ministre des Affaires étrangères ait annoncé clairement son soutien à Nikol Pachinian pour les prochaines élections législatives qu’il doit gagner quoi qu’il en coûte pour poursuivre cette politique. Gageons que le peuple arménien puisse donner tort à la Turquie, s’il arrive à surpasser la politique de la peur.


Et il faudrait, si on écoute les satrapes du pouvoir arménien en France, que la Diaspora arménienne, elle aussi, se mette à l’unisson du gouvernement arménien, se taise et mette de côté la Cause arménienne ?


Mais pour la première fois, une diaspora, en l’occurrence en France, a le pouvoir démocratique de dire NON à cette politique mortifère, NON à l’abandon de la Cause arménienne, NON au monde où le panturquisme veut vassaliser l’Arménie avec un silence complice. Pour cela, il faudra les 6, 7 et 8 février prochain être « Unis pour l’Arménie » et le montrer le plus largement possible pour défendre une Arménie forte et indépendante qui avance dans ce monde la tête haute, fière de son Histoire, de sa culture et de son peuple.

par Harout Mardirossian 25 février 2026
Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !
24 février 2026
Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.
par Harout Mardirossian 19 février 2026
Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.
monde photo
par TIGRANE YEGAVIAN 20 janvier 2026
Du 6 au 9 janvier 2026, Alep a connu une séquence de combats intenses liée aux affrontements entre forces du pouvoir syrien (transitoire) et forces kurdes (FDS/Asayish), concentrés notamment autour de quartiers comme Sheikh Maqsoud et Achrafieh, avec des déplacements massifs de civils et des dégâts importants.
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par VAROUJAN MARDIKIAN 17 janvier 2026
Le Premier ministre va durcir l’épreuve de force engagée avec le Catholicos d’ici les élections législatives de juin prochain, dans une société arménienne gangrenée par la violence.
France
par VAROUJAN MARDIKIAN 9 janvier 2026
Alep a été le théâtre d’affrontements violents entre forces kurdes et forces loyalistes, provoquant l’exode de milliers de civils. Les quartiers à forte présence arménienne ont été durement touchés.