EDITORIAL AVRIL 2026 "Combatif plus que jamais"

Par Harout Mardirossian 

En ce mois d’avril, France Arménie fête ses 44 ans, et reste le plus ancien journal arménien en activité de la Diaspora française. Au moment où vous allez ouvrir ce magazine chez vous, je vous invite, si vous avez un ordinateur, une tablette ou votre téléphone, à vous rendre sur le site france-armenie.fr. En effet, comme nous nous y étions engagés, notre site a fait peau neuve. Vous y retrouverez les articles parus depuis le début de l’année dans la version papier. Nos archives aussi ont été totalement numérisées grâce à votre soutien financier et vont s’insérer prochainement dans ce nouveau site. Tout en conservant notre version papier, vous pourrez retrouver sur le site france-armenie.fr, chaque jour, chaque semaine, des articles d’analyse et de décryptage de l’actualité arménienne faisant plus que jamais de France Arménie, le lien précieux entre tous les Arméniens. 

Mais, vous le savez, l’actualité de qualité a un coût et dans un contexte économique compliqué et la baisse des recettes publicitaires, plus que jamais nous avons besoin de vous car nous ne voulons pas voir s’arrêter la formidable aventure que constitue France Arménie. Face aux fake news, à l’IA, à tous les faux comptes sur les réseaux sociaux qui distillent quotidiennement la haine et le mensonge, les médias comme le nôtre sont, eux, périssables. Aussi, nous comptons sur vos abonnements, vos publicités et surtout sur vos dons pour pérenniser ce magazine et désormais sa version en ligne. 

Ce constat est d’autant plus vrai quand on regarde le climat délétère dans lequel l’Arménie sombre chaque jour, quand on voit les reculs de la Cause arménienne comme par exemple le licenciement d’Edita Gzoyan, la directrice du Musée du Génocide de Dzidzernagapert, pour avoir remis un livre sur l’Artsakh à JD Vance. Car dans cette Arménie, il ne faut plus prononcer le mot Artsakh, ne plus regarder l’Ararat, ne plus être fier de son histoire millénaire. Au contraire, il faut dénigrer son Eglise, sa Constitution, ses journalistes, ses chercheurs… 

Dans cette « Arménie réelle », on peut s’attendre à tout et notamment à un usage immodéré et partisan de la Justice pour régler des comptes avec ses opposants et se maintenir au pouvoir sous le regard bienveillant de l’Europe. On peut donc envisager, sans trop se tromper, que tout sera mis en œuvre pour assurer la victoire du pouvoir en place, au nom de la paix et de la démocratie. Tout cela pour plaire et complaire à la Turquie et à l’Azerbaïdjan pour une paix dont on sait qu’elle n’est pas garantie car aucun garant, pas même Trump et encore moins Macron, ne se portera au secours de l’Arménie si elle devait être menacée. L’Iran, le Liban, la Syrie, le Vénézuela, l’Ukraine, Gaza et la Palestine sont des exemples frappants que l’ordre mondial est en train de vaciller et qu’il faut se préparer à toutes les éventualités. 

En ce sens, l’Arménie et l’Artsakh ont servi de terrains de tests pour ce que nous voyons aujourd’hui. A partir du moment où l’Azerbaïdjan use de la force pour procéder à un nettoyage ethnique, un génocide, sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt, n’impose des sanctions et qu’elle se contente de promettre de l’aide humanitaire tout en faisant le commerce du gaz et du pétrole avec le bourreau d’un peuple, pourquoi en serait-il autrement pour ces autres pays, ces autres peuples ?
Deux choix s’offrent désormais à nous, Arméniens de France : marcher la tête baissée, courber l’échine ou marcher la tête haute, continuer à revendiquer inlassablement « Justice pour le peuple arménien », être solidaire de sa Mère Patrie et œuvrer pour son indépendance et sa sécurité. 

Les commémorations du 24-Avril prochain nous donneront de nouveau l’occasion de répondre à ce choix. Il y aura ceux qui resteront chez eux à commémorer intérieurement et il y aura, nous l’espérons, la très grande majorité qui participera activement pour que vive la Cause arménienne. 


par La Rédaction 20 mars 2026
Le sommaire de notre numéro 539 d'avril 2026
par Harout MARDIROSSIAN 25 février 2026
Le 3 février, l’Assemblée nationale française, à l’unanimité, a adopté une résolution demandant la libération des otages arméniens retenus à Bakou. Quelques jours plus tard, la plupart d’entre eux ont été condamnés pour l’exemple à la prison à vie. Le 17 février, Rouben Vartanian a été lui condamné à 20 ans de prison. Des otages dont le seul crime est d’avoir voulu défendre le droit à l’autodétermination des peuples, droit reconnu par la charte de l’ONU, droit qui est en train de s’effondrer sous les coups de boutoirs de Trump, Erdogan, Aliev ou Netanyahu. Il est évident pour tous que ces procès et ces peines de prison à vie sont des farces grotesques mises en place uniquement pour pouvoir justifier le nettoyage ethnique de l’Artsakh, faire chanter le gouvernement arménien et imposer le silence à la communauté internationale. Mais face à ce chantage, le gouvernement arménien pratique la politique de l’autruche et n’instaure aucune pression de peur que cela compromette le plan de paix négocié par Trump et les milliards de dollars annoncés. Or négocier, ce n’est pas n’avoir aucune exigence et céder sur tout. C’est avoir dans sa main des atouts que l’on met en avant dans la discussion pour équilibrer les points de vue. Affirmer le droit au retour des Arméniens en Artsakh, défendre la non-destruction du patrimoine arménien d’Artsakh, exiger la libération d’otages détenus illégalement, exiger le retrait du territoire souverain de l’Arménie, exiger des réparations pour le génocide commis en 1915 et le nettoyage ethnique de 2023 sont une partie des atouts que l’Arménie doit avoir dans sa main. L’atout le plus important étant le soutien des pays amis, comme la France ou les Etats-Unis, grâce au travail de fond mené par sa diaspora depuis plus de 50 ans. Mais voilà, le gouvernement arménien préfère se tromper d’ennemis. Au lieu de valoriser ses atouts, au lieu de les utiliser dans la négociation avec la Turquie et l’Azerbaïdjan en s’appuyant sur la France, la Russie ou les Etats-Unis, Nikol Pachinian préfère considérer comme des “ extrémistes ” mettant en péril l’indépendance de l’Arménie tous ceux qui défendent les droits légitimes du peuple arménien. Ainsi en est-il de l’Église arménienne et de son Catholicos qui est désormais empêché de quitter l’Arménie sous un prétexte fallacieux. Nikol Pachinian a récemment considéré les sermons prononcés dans les églises qui défendent l’unité avec l’Artsakh et les droits du peuple arménien comme comparables à “ l’islam radical ”. Tout cela pour justifier la répression politique engagée contre l’Eglise arménienne pour la réduire au silence, pour la mettre en position d’otage comme le sont déjà les minorités arméniennes en Turquie et dans le Moyen-Orient. Quant aux satrapes du pouvoir arménien, y compris ici en France, ils préfèrent qualifier tout soutien à la Cause arménienne, tout soutien à l’Église arménienne, d’agents de la Russie. Mais qui, si ce n’est leur champion, vient de se qualifier “ d’ami très proche de Poutine et de Michoutsine ” et d’indiquer au lendemain de la visite en Arménie de JD Vance “ que la Russie resterait un partenaire stratégique pour l’Arménie ” ? Ce qui serait acceptable pour Pachinian serait inacceptable pour ses opposants et devrait les conduire en prison ? Soyons sérieux ! Et puisqu’ils n’ont que la légitimité d’un “ gouvernement démocratiquement élu ” à la bouche, rappelons à ces nervis, qu’en 2018 et en 2021, Nikol Pachinian s’est fait élire sur un programme soutenant l’Artsakh et son droit à l’autodétermination, défendant comme à Sardarabad en 2018 la Cause arménienne, affirmant que chaque cm2 du territoire arménien serait défendu les armes à la main. Aussi, lorsqu’il accomplit chaque jour strictement le contraire, c’est lui qui trahit la confiance de ses électeurs et de son peuple, pas l’Église arménienne qui, depuis Khrimian Haïrig, reste fidèle à son rôle de défenseur de l’unité du peuple arménien autour de ses droits légitimes et ce, sous tous les régimes, qu’ils soient ottoman ou soviétique. Là est la vérité !
24 février 2026
Notre numéro de mars est parti pour nos abonnés avec en une les otages arméniens détenus à Bakou dont les condamnations à vie viennent d'etre prononcées alors qu'en France l'Assemblée Nationale les a soutenu dans une résolution votée à l'unanimité. Ce numéro revient aussi sur le diner du CCAF, qui a été une nouvelle fois le rendez-vous de l'amitié franco arménienne. Vous trouverez aussi un très beau reportage sur les Arméniens du Dersim et toute l'actualité politique, diplomatique et culturelle de l'Arménie et des Arméniens.
par Armenag BEDROSSIAN 19 février 2026
Le 17 février, le révérend Jesse Jackson, figure du combat des droits civiques aux Etats-Unis est décédé à l'âge de 84 ans. Proche de Martin Luther King, premier candidat noir à la présidence des Etats-Unis, le révérend Jackson a utilisé sa voix non seulement sur la scène politique américaine, mais aussi sur la scène internationale. Ainsi, il s’est rendu en Arménie quelques jours après le tremblement de terre dévastateur de 1988 pour accompagner une partie de l’aide humanitaire récoltée par la communauté arménienne des Etats-Unis, en voulant marquer sa solidarité avec le peuple arménien. En février 1989, à la cathédrale arménienne Saint-Vartan à New York, il a participé à une cérémonie œcuménique en compagnie de Sa Sainteté Vasken Ier, Catholicos de tous les Arméniens, et de Sa Sainteté Karekin II Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, réunis pour lever des fonds en faveur de l’Arménie. Lors de cette cérémonie, avec son charisme et son éloquence légendaire, le Révérend Jackson a exhorté les dirigeants mondiaux à mettre de côté les rivalités de la Guerre froide et à répondre avec compassion et soutien humanitaire à l’Arménie. L’Église apostolique arménienne lui a rendu hommage à l’occasion de son décès.
image edito
par Harout MARDIROSSIAN 10 février 2026
Le monde selon Trump, Poutine, Erdogan, Netanyahu, Khamenei ou Aliev fait peur. Un monde où la loi du plus fort s’impose au mépris de la volonté des peuples, de leurs histoires et de leurs droits. Un monde où il suffit de menacer la planète entière d’une guerre, d’augmenter les droits de douanes, de bombarder un Etat i
France
par Varoujan MARDIKIAN 9 février 2026
La Croix Bleue des Arméniens de France a lancé en Arménie un programme innovant qui permettra à des familles réfugiées d’Artsakh de s’installer dans de bonnes conditions. Pour s’inscrire dans la durée.
par Zmrouthe AUBOZIAN 7 février 2026
Le 17 novembre 2025, médiatisée par les télévisions et les journaux, on apprenait la pose d’une rétine artificielle sur trois patients atteints de la DMLA sèche, atrophique, par le Professeur Laurent Kodjikian, opthalmologue à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Plus d’un million de patients en France sont concernés par cette maladie qui est incurable. Outre la prouesse technologique, c’est un grand espoir pour ceux qui en sont atteints. Rencontre avec le Professeur. France Arménie : Professeur Kodjikian, qu’est-ce que la DMLA sèche, atrophique ? Professeur Kodjikian : La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, atrophique, c’est-à-dire très usée, touche les plus de 60 ans. Elle se caractérise par un point noir au centre mais ce qui est autour se perçoit. La personne n’est pas aveugle, elle peut marcher seule mais elle ne peut plus lire ou rendre la monnaie chez l’épicier. Dans cette maladie, la rétine centrale ou macula, ne comporte plus les photorécepteurs grâce auxquels on peut voir. Ces photorécepteurs sont des cellules qui vont transformer l’image lumineuse en signal électrique qui va du nerf optique au cerveau. Le cerveau dit : “ Je vois une chaise rouge ” ou tout autre chose. Pour ce qui concerne la DMLA humide, elle se soigne par des injections dans l’œil. En quoi consiste l’implant ? L’implant mesure 2mm sur 2 (comme une tête d’aiguille), et a l’épaisseur de 3 microns (la moitié d’un cheveu). Il est glissé sous la rétine à l’endroit de la macula où il n’y a plus de photorécepteurs, lesquels sont remplacés par 378 électrodes qui agissent comme tels. Le dispositif complet est constitué d’une paire de lunettes équipées d’une caméra. Le tout est connecté à un processeur miniature. La caméra va filmer ce que le patient doit lire. Un fil sur le processeur, ou ordinateur de poche, envoie l’information captée et celui-ci procède à la transformation de l’image qui repart dans le fil de la caméra. La caméra envoie dans l’œil en infrarouge pour ne pas l’éblouir, le signal lumineux traité qui retourne dans l’implant et le transforme en signal électrique. Lequel ira jusqu’au cerveau qui l’interprète grâce au nerf optique. L’opération a duré environ une heure et demie, sous anesthésie locale. J’opère seul avec un interne. Quels bienfaits pour le patient ? 38 personnes dans le monde ont déjà été opérées avec succès, 80% ont récupéré une acuité visuelle importante, c’est-à-dire voir plus de 10 lettres, la moyenne en voit plus de 25, avec un gain de 1/10e ou 2/10e. Le meilleur patient mondial est un de mes 3 patients qui a gagné 59 lettres. Les éléments visuels apparaîtront en noir et blanc, les lignes formant des lettres et les lettres des mots. Ce n’est pas un miracle mais c’est un progrès majeur. L’implant ne va pas permettre de lire du jour au lendemain (une longue rééducation est nécessaire). Il n’est pas fait pour regarder la télévision ou conduire sa voiture. Outre les lettres, la rétine artificielle peut aider à visualiser un visage ou des objets. Vous avez déjà opéré trois personnes. Quels résultats chez elles ? Martine, 72 ans, opérée en 2021, a pu percevoir des formes pour la première fois grâce à l’implant rétinien. Les 3 patients vont bien mais Maurice est le seul à utiliser encore quotidiennement ce dispositif. Toutefois, il lit 6 à 7 fois plus lentement que la normale. Son acuité visuelle est remontée à 5/10e. Les deux autres sont trop âgés ou fatigués pour poursuivre des séances d’orthoptie à raison d’une fois par semaine sur un minimum d’un an. Il faut être motivé pour rééduquer l’oeil, lui réapprendre à lire. Quel avenir pour ce genre d’implant ? Les résultats des essais cliniques de cet implant ont été publiés dans The New England Journal of Medicine en octobre 2025. Ils sont suffisamment probants pour que la société qui l’a fabriqué demande une autorisation de commercialisation en Europe. Cette commercialisation permettra éventuellement, plus tard, que son coût, probablement plus de 100 000 euros (totalement gratuit pour les 3 patients lyonnais car inclus dans un essai clinique), soit pris en charge par la Sécurité sociale. Il faut savoir que d’autres essais cliniques sont en cours dans le service du Professeur Kodjikian, aussi bien pour la DMLA atrophique que pour la DMLA humide. Il emploie 4 attachés de recherche clinique pour l’aider et a déjà conduit personnellement le nombre impressionnant de plus de 120 études cliniques en tant qu’investigateur principal. L’intelligence artificielle (IA) permettra-t-elle des avancées ? La société a prévu des implants plus gros, avec plus d’électrodes, une amélioration de la caméra avec un processeur intégré et non plus relié par un fil et enfin l’IA qui devrait permettre d’améliorer le processus du traitement de l’image. Professeur Kodjikian, pouvez-vous nous parler de vous ? Je suis né à Valence d’où mes parents sont originaires. Mes grands-parents, rescapés du Génocide, étaient de Kharpet. J’étais membre de l’UMAF mais j’ai dû en partir car ma carrière me prenait trop de temps. Mais je fais partie de Santé Arménie où j’organise des RCP - réunions de concertation pluridisciplinaires -, avec des ophtalmologues d’Arménie qui exposent leurs cas difficiles. Pour la deuxième année, j’ai pu faire venir deux internes qui ont travaillé dans mon service trois mois, et pour lesquels j’ai réussi à leur faire allouer une bourse de 7 500 euros. J’aide à ma façon l’Arménie. Je me sens arménien et j’ai réussi à transmettre cette arménité à mes enfants. Mon fils de 20 ans est déjà parti deux fois en Arménie. Il adore. Je dois moi-même m’y rendre très prochainement à l’invitation d’un médecin arménien que j’ai reçu à mon congrès national LOR (Lyon-œil-rétine). Laurent Kodjikian est : - Professeur des Universités, praticien hospitalier, classe exceptionnelle, échelon 2, c’est-à-dire l’échelon maximal, - Chef de service adjoint du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, CHU de Lyon, - Responsable de l’enseignement de l’ophtalmologie à la Faculté de médecine Lyon-Est de l’Université de Lyon, - Président/Coordonnateur du collège d’ophtalmologie de Lyon -Ancien Président de la Société française d’ophtalmologie (2018-2020). Ses titres sont trop nombreux pour être tous cités. Il est âgé de 53 ans. Il a été nommé Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 2021.
par Annie ARSLAN 7 février 2026
A l’instar de Jean Reno dans Léon qui utilise un pistolet Wather GSP, Eric Akopian a pour armes de destruction des sacs poubelles, des gants, des pinces et son invincible détermination pour éliminer les monticules de déchets qui dénaturent les plus beaux paysages de Marseille ! Natif de Marseille, Eric Akopian va vivre sa petite enfance à Erevan, ville d’origine de ses parents. Cinq années où il sera imprégné à vie de l’atmosphère unique de cette ville couleur abricot. Après un séjour au Canada, sa mère s’installe définitivement avec lui à Marseille où il grandit et passe son bac. Passionné de sport et d’aventure, il rejoint l’armée chez les chasseurs alpins pour être un fantassin spécialisé dans le combat. Les études le rattrapent pour le diriger en fac des sciences du sport. Bardé de son diplôme et adepte du MMA (mixed martial arts), il devient coach sportif. Eric Akopian aime Marseille et part très souvent en randonnée pour son métier et son plaisir mais comme la majorité des Marseillais il souffre de voir sa belle ville se dégrader, ensevelie par la saleté et l’abondance des déchets qui jonchent le sol surtout aux abords et en pleines calanques. C’est d’ailleurs en plein footing à Sormiou qu’il découvre l’horreur et qu’il a le déclic. Il propose alors à ses amis de faire la randonnée classique qu’ils aiment faire en rajoutant une paire de gants et un sac. En 2017, il créée l’association Clean my Calanques, 100 % locale, qui milite pour la préservation de l’environnement en sensibilisant l’ensemble de la population aux enjeux environnementaux. Le crédo d’Eric c’est la nature qu’il respecte. Il se lance le défi de faire prendre conscience à tous qu’il est urgent de se mobiliser pour la sauvegarder. Pour cela, il s’adresse depuis plusieurs années, outre aux entreprises, principalement à la jeunesse, en donnant des conférences dans toutes les écoles publiques et privées. En classe, l’auditoire est attentif, écoute et adhère. C’est de cette assemblée de futurs adultes, qu’il fonde aussi l’espoir de sensibiliser les parents à faire le tri sélectif, le recyclage, etc. “ Les enfants et les ados sont très connectés, bien plus que les adultes, ils ont une empathie générale ”. Pour toucher la jeunesse rien de tel “ qu’un partenariat avec des youtubeurs, des rappeurs, des influenceurs qui grâce à leur rayonnement peuvent faire passer des messages plus facilement que juste des écolos qui crient sur les toits : "On en a marre ! " ”. Parfois, des artistes comme Jérémy Frérot n’hésitent pas à s’impliquer. Eric est fier d’être marseillais et fier d’être arménien même si ne pas avoir l’opportunité de parler sa langue maternelle est un manque. N’ayant que trente et un ans, il trouvera l’occasion d’aller en Arménie et de s’exprimer dans la langue du pays qu’il affectionne et où réside une partie de sa famille. Une de ses nombreuses qualités est d’aimer ce qu’il entreprend. “ Pas question de se prendre la tête, l’objectif est de rendre l’écologie accessible à tous en s’amusant ”. Il termine notre entretien en avouant quelques autres passions dont la musique (saxo) et... le stand-up ! Il aime rire et faire rire. L’humour c’est son truc. Gageons qu’il sera sur scène dans quelques années, seul, sans décor ou accessoire, en train de briser le « quatrième mur » en racontant son histoire si riche d’expériences. Ce jour-là nous serons au premier rang pour l’applaudir ! Promis ! Clean my Calanques en quelques questions France Arménie : Combien de personnes rassemblez-vous en moyenne lors de vos sorties ? Eric Akopian : Cent à cent cinquante personnes. Petits, grands, seuls ou en familles, uniquement des bénévoles désireux de participer. Il y a toujours une bonne ambiance, de la musique, des cadeaux à gagner, de la pizza... sans culpabiliser qui que ce soit. D’où viennent tous ces déchets ? C’est multifactoriel ! Les « imbéciles » qui jettent sans scrupules, les poubelles qui débordent, pas assez de tri, pas assez de ramassage, la mauvaise éducation en général, l’abondance d’emballages que l’on trouve dans la société de consommation. Le mistral les déverse dans la mer qui les renvoie. Un cercle vicieux. La société nous pousse à consommer… Commençons donc par moins consommer, c’est la base ! Quel type de déchets ramassez-vous ? De tout ! Des canettes, détritus, mégots, bouchons de bouteilles, bouteilles plastique, verre, trottinettes, vélos, etc. Tout ce qui est dangereux - seringue par exemple - est scrupuleusement évité. Une partie est distribuée à des associations locales partenaires, comme Recyclop ou Sauvage Méditerranée. Qu’en pensent les politiques ? Vous soutiennent-ils ? Absolument, nous sommes assez « craints » par eux. Le maire Benoît Payan ainsi que la responsable de la Métropole, Martine Vassal, sont déjà venus nous rencontrer. Nous avons une très grande visibilité. L’association est subventionnée et les dons sont défiscalisables. Clean my Calanques en chiffres, en 2025, c’est : 2, 419 tonnes collectées, 249 dépollutions (ramassages), 27 717 litres, 973 bénévoles, 18 745 jeunes sensibilisés en classe. Le rythme des nettoyages est mensuel et est annoncé dans tous les réseaux sociaux, Facebook, Instagram (76K followers),TikTok… Une équipe soudée, une bande de « potes » très complice, rodée à la communication, très motivée pour transmettre les valeurs de l’association. Eric Akopian est un homme engagé qui s’investit à plein temps, un hyperactif. Vegan, il aime par-dessus tout la nature. Avec Céline, directrice générale, Hedi ambassadeur et les autres, il forme la dream team de Clean my Calanques.  https://cleanmycalanques.fr/
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par Varoujan MARDIKIAN 6 février 2026
Le Premier ministre va durcir l’épreuve de force engagée avec le Catholicos d’ici les élections législatives de juin prochain, dans une société arménienne gangrenée par la violence.
par Tigrane YEGAVIAN 6 février 2026
Alors que Washington revendique un rôle accru dans le processus de paix arméno-azerbaïdjanais et que le projet de route Trump gagne en visibilité, les incertitudes stratégiques demeurent profondes dans la région. Absence de garanties de sécurité crédibles pour l’Arménie, rapports de force régionaux déséquilibrés, statut précaire des réfugiés de l’Artsakh. Dans cet entretien, l’analyste Tigran Grigoryan dresse un diagnostic sans concession des limites de l’engagement américain, des risques liés à la diplomatie des infrastructures et des vulnérabilités structurelles de l’État arménien à moyen et long terme. France Arménie : Comment caractériseriez-vous la stratégie actuelle des États-Unis dans le Caucase du Sud ? Washington poursuit-il une vision régionale cohérente ou sa politique est-elle surtout réactive face aux initiatives russes, turques et iraniennes ? Tigran Grigoryan : Je ne pense pas que l’administration américaine actuelle dispose d’une véritable stratégie pour le Caucase du Sud. Toutes les initiatives observées au cours de l’année écoulée relèvent davantage d’une diplomatie transactionnelle, non conventionnelle, que d’une réflexion stratégique clairement définie. Cela apparaît très nettement dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis, où ni le Caucase du Sud, ni même le Grand Moyen-Orient ou l’Europe ne sont considérés comme des zones d’intérêt national fondamental. Le document souligne au contraire que, dans ces régions de moindre importance stratégique, Washington doit rechercher des résultats diplomatiques en mobilisant des ressources limitées et en s’appuyant sur une diplomatie présidentielle. C’est précisément ce qui s’est produit dans le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : l’administration précédente, tout comme les deux parties, avaient réalisé l’essentiel du travail préparatoire, avant que l’administration Trump ne fasse basculer le processus par une implication active. Cela dit, si l’on se projette au-delà de l’ère Trump et que l’on envisage le retour d’une administration plus classique à la Maison-Blanche, les résultats du sommet de Washington — s’ils sont mis en œuvre — pourraient constituer un point d’appui solide pour les États-Unis afin de contrebalancer la Russie et d’autres acteurs régionaux dans le Caucase du Sud. Néanmoins, tous les discours sur une prétendue prééminence américaine dans la région sont prématurés et relèvent largement de la propagande. L’idée d’une « Trump Route » ou d’un corridor de transit soutenu par les États-Unis est de plus en plus évoquée. Ce projet est-il stratégiquement viable, économiquement réaliste et politiquement soutenable au regard des équilibres régionaux actuels ? En ce qui concerne les résistances politiques des autres acteurs, tout dépendra des détails et des modalités du projet, qui restent pour l’instant inconnus. Qui contrôle quoi, et comment ? Quelles seront les modalités concrètes des communications sous souveraineté et juridiction arméniennes ? Ce sont là les questions clés. À ce stade, on n’a pas observé de réactions particulièrement virulentes de la part des acteurs régionaux. La réaction russe a notamment été très mesurée. Mieux encore, Moscou a déjà profité de la dynamique créée après le sommet de Washington pour transporter des marchandises vers l’Arménie via le territoire azerbaïdjanais. Cette retenue russe s’explique très probablement par son scepticisme quant à la mise en œuvre effective du projet, mais aussi par les leviers dont elle dispose déjà sur le terrain : la présence de gardes-frontières russes dans le sud de l’Arménie, le contrôle russe du réseau ferroviaire arménien, et l’adhésion d’Erévan à l’Union économique eurasiatique. Certains de ces paramètres pourraient toutefois évoluer avec le temps. La réaction iranienne a été à deux vitesses : la direction politique s’est montrée relativement prudente, tandis que les cercles sécuritaires et religieux se sont exprimés de manière beaucoup plus critique à l’égard de l’implication américaine. Cette réponse fragmentée reflète avant tout l’extrême faiblesse actuelle de Téhéran. Sur le plan économique, tout dépendra de l’intégration de cette route dans une connectivité plus large entre l’Asie centrale et l’Europe. Si elle se limite à un simple lien entre l’Azerbaïdjan continental et le Nakhitchevan, sans intégration dans des réseaux plus vastes et sans ouverture complète des communications régionales, elle n’aura d’intérêt stratégique et économique que pour la Turquie et l’Azerbaïdjan, tout en devenant un facteur d’érosion de la souveraineté et de la viabilité à long terme de l’Arménie. À cet égard, beaucoup dépendra des choix de Bakou et de la constance de l’engagement américain. Voyez-vous une contradiction entre les discours occidentaux sur la connectivité régionale et les préoccupations sécuritaires fondamentales de l’Arménie, notamment dans le Syunik ? La diplomatie des infrastructures peut-elle se substituer à de véritables garanties de sécurité ? Comme indiqué précédemment, tout dépend des modalités concrètes du déblocage des communications. Si l’Arménie conserve non seulement un contrôle nominal, mais aussi un contrôle effectif des routes traversant son territoire — y compris le contrôle douanier et frontalier — l’ouverture des communications pourrait effectivement être bénéfique, tant sur le plan économique que sécuritaire. Le développement des infrastructures et une connectivité équitable peuvent contribuer à la stabilité en créant des interdépendances régionales. Toutefois, ils ne peuvent pas se substituer à des garanties de sécurité. Or, aujourd’hui, aucun acteur ne semble capable — ni réellement disposé — à fournir à l’Arménie des garanties de sécurité viables. Pour les États-Unis, la région ne constitue pas un intérêt national fondamental. L’Union européenne et ses États membres ne disposent ni des capacités ni de la puissance coercitive nécessaires. Dans le même temps, l’importance de l’Azerbaïdjan dans les projets énergétiques et de connectivité ne cesse de croître. La Russie, de son côté, a démontré son incapacité à honorer ses engagements envers l’Arménie ; ses garanties de sécurité existent surtout sur le papier. À Moscou, la Turquie et l’Azerbaïdjan sont désormais des partenaires plus importants que l’Arménie. Dans ces conditions, il n’existe pas de véritable alternative entre garanties de sécurité et diplomatie des infrastructures.