Erévan s’emploie à rassurer Téhéran
Face à la montée de la colère iranienne, les responsables arméniens n’ont eu de cesse de se répandre en déclarations censées dissiper le malaise du voisin méridional. L’ambassadeur d’Arménie en Iran, Grigor Hakobian, a accordé un entretien à l’agence iranienne Tasnim, pour exhorter les dirigeants et la communauté des experts iraniens à ne pas utiliser le terme de « Corridor du Zanguézour », qui “ contredit la lettre et l’esprit ” des accords de Washington. “ Suite à la levée du blocus, l’Arménie sera reliée à l’Iran par voie ferrée via le territoire du Nakhitchevan. Ceci offrira à l’Iran une opportunité sans précédent d’établir une liaison ferroviaire directe avec la Géorgie, permettant ainsi d’accéder aux ports de la mer Noire. Il est également important que l’Arménie et les Etats-Unis disposent d’une droit de veto égal concernant l’implication d’un tiers dans le projet de Route Trump. Par conséquent, toute participation à ce programme ne peut se faire qu’avec l’accord d’Erévan et de Washington ”, a souligné Grigor Hakobian.
Rouben Roubinian, vice-président du Parlement et émissaire spécial de Nikol Pachinian pour la normalisation des relations arméno-turques, s’est employé quant à lui à relativiser les propos d’Ali Akbar Velayati, préférant s’en tenir à la position de la diplomatie iranienne. “ Nous nous félicitons que le ministère iranien des Affaires étrangères ait déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait réellement aucun problème de corridor dans ce dossier et que les lignes rouges de l’Iran avaient également été prises en compte. ”
En septembre dernier, Mehdi Sobhani, alors ambassadeur d’Iran en Arménie, avait réitéré les craintes persistantes des dirigeants iraniens au sujet de la TRIPP, pointant le caractère imprécis des déclarations des autorités d’Erévan sur la question du maintien de la souveraineté arménienne. Au sujet des procédures de passage à mettre en place aux frontières arméniennes, Nikol Pachinian laissait entendre qu’il était envisageable de se passer de contrôles physiques à l’aide des technologies de pointe. Comme pour accéder aux exigences de Bakou, qui ne veut pas entendre parler de contact physique entre agents arméniens et marchandises et voyageurs azerbaïdjanais… Or cinq mois plus tard, l’ambiguïté sur la présence ou non de garde-frontières et de douaniers arméniens n’a toujours pas été levée.
Elle subsiste toujours, de surcroît, sur une présence américaine en matière de sécurité qui serait liée à la mise en œuvre de la TRIPP. Le nouvel ambassadeur iranien en Arménie, Khalil Chirgholami (1), a d’ailleurs exprimé de nouveau les réserves de son pays : “ Nous craignons que les Etats-Unis n’instrumentalisent ce projet [de TRIPP] dans le cadre de leur politique de sécurité. Nous avons fait part de cette préoccupation à nos partenaires arméniens. Ils nous ont assuré que l’Arménie ne deviendrait jamais une source de menace pour l’Iran. Nous continuons à suivre cette question de près. ”
Or l’on sait que le général de brigade Chris McKinney, directeur adjoint du partenariat et de la coopération en matière de sécurité au sein du Commandement militaire américain en Europe (EUCOM), s’est rendu le 10 décembre à Erévan. L’ambassade des Etats-Unis en Arménie a indiqué que ce déplacement visait à “ soutenir les conclusions du Sommet de la paix de la Maison-Blanche du 8 août ”. Elle a souligné que “ l’EUCOM travaille en étroite collaboration avec les ministères arméniens de l’Intérieur et de la Défense pour faire progresser les objectifs communs en faveur d’une paix durable, notamment une coopération renforcée en matière de défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire, et la poursuite des efforts de modernisation militaire ”.
Autrement dit, les multiples messages d’apaisement envoyés par Erévan auront du mal à convaincre Téhéran. En confiant aux Etats-Unis la tâche de débloquer les liaisons de transport entre le Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan via le Syunik arménien, l’Arménie opère un mouvement de bascule : quitter l’orbite exclusive de Moscou, l’allié régional de Téhéran, pour favoriser l’émergence des intérêts américains à l’échelle régionale, dans le cadre d’une politique de diversification pleinement assumée. Les relations entre l’Arménie et son voisin méridional, lequel milite pour l’exclusion de toute puissance extra-régionale dans la conduite du processus de paix, ne peuvent que s’en trouver affectées.










